Publié le vendredi 16 mars 2001
La suppression du labour et l'utilisation partagée du matériel sont parmi les décisions prises par Lydie et Noël Deneuville, pour s'adapter aux aléas des grandes cultures.
Entre Loire et Allier, Lydie et Noël Deneuville, originaires de l'Aisne, ont repris en 1995 une exploitation céréalière d'un seul tenant à Chevenon. La difficulté de s'agrandir dans le Nord, conjuguée à une structure très morcelée de terres hétérogènes, a incité la famille à migrer en Bourgogne après douze ans d'activité agricole dans leur région natale.Lydie et Noël ont été agréablement surpris par l'accueil chaleureux réservé aux nombreux migrants implantés en pays nivernais. Les terres de plateaux homogènes de limon-argileux les ont séduits. Lydie et Noël mènent, depuis plusieurs années, une réflexion sur le travail du sol. ' Nous nous sommes aperçu que nous faisions fausse route avec le labour systématique. Il faut apprendre à cultiver autrement, augmenter le taux d'humus, développer l'activité biologique du sol en bousculant le moins possible la terre. Nous prenons moins de risques de salissement en allant vers une agriculture raisonnée. Les traitements se compliquent. Il faut être plus vigilant sur les mauvaises herbes ', explique Noël. Après avoir continué à labourer dans la Nièvre, pendant deux ans, pour implanter les cultures de printemps, Noël a définitivement cessé d'utiliser la charrue. L'arrêt du labour n'a pas provoqué de baisse de rendement sur l'exploitation. La préparation du sol est réalisée en un seul passage avec un décompacteur à l'avant du tracteur et un combiné herse rotative et semoir à l'arrière. Depuis l'an dernier, le semis direct est pratiqué. Il permet d'aller plus loin dans la démarche que Noël appelle une agriculture biologique raisonnée. ' Dans notre Ceta, nous avons constitué un petit groupe de recherche sur la préparation du sol. Nous avons visité des exploitations françaises qui pratiquent le non-labour. Nous sommes aussi allés en Angleterre pour étudier les techniques mises en oeuvre là -bas ', ajoute-t-il. Progressivement, Noël adapte son parc de matériel aux nouvelles conduites culturales. Grâce au Ceta qui lui a permis de s'intégrer en faisant la connaissance de nombreux agriculteurs de la région, il a acheté en copro-priété avec deux autres collègues, des appareils de déchaumage, un décompacteur et un semoir de semis direct ; le tout pour un montant total de l'ordre de 565 000 F financés en partie par la vente des anciens matériels. ' Investir seul dans de tels outils n'est plus possible, compte tenu des coûts. Le fait de vendre son propre matériel est une forme de désinvestissement personnel. En revanche, cela nous permet d'avoir du matériel très performant. Economiquement, nous sommes contraints de procéder ainsi ', souligne Noël. La moissonneuse-batteuse a été achetée, là encore, en copropriété mais avec un autre céréalier, qui dispose d'un assolement beaucoup plus important en maïs qu'en céréales à paille. De ce fait, l'utilisation partagée de la moissonneuse permet d'étaler les travaux harmonieusement et avec une bonne complémentarité. Cet achat collectif a également permis de moderniser les équipements de la moissonneuse-batteuse, qui dispose désormais d'une rallonge de coupe à colza. Dans un proche avenir, les deux collègues céréaliers envisagent de réduire le nombre de tracteurs afin de faire descendre les charges de mécanisation au-dessous de 1 000 F/ha. Toutes les récoltes sont stockées à la ferme. La commercialisation se fait par l'intermédiaire de négociants. ' Nous tenons à rester indépendants et en contact direct avec la demande ', précise Lydie. Les achats de phytosanitaires, d'engrais, de semences et de petits matériels sont réalisés par l'intermédiaire d'un groupement. Dernièrement, des plaques de pesée et des chalumeaux ont été achetés par l'intermédiaire de cette structure. Les agriculteurs font jouer la concurrence dans tous les domaines. Le triage à la ferme permet de réduire le poste semences de manière substantielle. ' Même en étant très attentifs à toutes les charges, nous avons eu des résultats économiques catastrophiques cette année. Les bons rendements ont à peine compensé les prix de vente et la qualité en baisse. La modulation qui affecte directement le résultat d'exploitation nous pénalise. A ce rythme-là , nous ne tiendrons pas longtemps ', s'inquiète Noël. Sur un résultat d'exploitation de 178 000 F, l'entreprise doit payer une modulation de 40 000 F, soit 8,6 % du montant total des aides. ' Il nous faut compenser cette perte liée à la modulation. D'habitude, je commande trois semi-remorques de fumure de fond. Cette année, un seul camion a été acheté. Nous réduisons les dépenses ', commente-t-il. La TGAP et l'augmentation du prix du carburant participent aussi à une augmentation sensible des charges depuis deux ans. Le coût de la fertilisation à l'azote liquide est en effet passé de 277 F/ha à 468 F/ha entre 2000 et 2001 pour une quantité de 150 unités à l'hectare. Les frais de récolte en carburant ont atteint 261 F/ha en 2000 contre 192 F/ha l'année précédente.
Charles-Henri Pouzet
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