Publié le vendredi 05 janvier 2001
Ariane Doublet a filmé ses voisins normands à l'approche de l'éclipse. Elle pose un regard d'une rare tendresse sur les terriens.
Toute la presse ' parisienne ' en avait parlé en bien. Une raison de plus pour craindre un portrait carte-postale pour citadins en mal de racines. Mais le film ' Les Terriens ', tout en finesse et délicatesse, dissipe le doute dès les premières images. Quatre familles d'agriculteurs du Pays de Caux racontent leur vie rythmée par le temps qui passe. Ils évoquent leurs rêves de jeunesse, le regard que les citadins portent sur eux avec philosophie, souvent avec humour. Ariane Doublet filme juste et sensible. ' L'éclipse du 11 août m'a fourni le point de départ et le fil conducteur des ' Terriens '. J'avais vingt-huit jours pour filmer ces personnes que je côtoie depuis plus de vingt ans. Au départ, l'éclipse ne préoccupait pas grand monde dans le village. Petit à petit les habitants ont réalisé qu'ils risquaient d'être assaillis pendant 24 heures car leurs terres sont situées en zone d'obscurité totale. ' Ariane Doublet a posé sa caméra ' sans la cacher ' dans les fermes de Vattetot-sur-Mer. Parfois elle saisissait au vol une conversation, parfois elle provoquait le dialogue. L'équipe du film, familiarisée avec les lieux, saisit aussi les scènes offertes par le hasard comme l'arrivée des touristes tout sourire qui déferlent sans un mot en quelques heures, la veille de l'éclipse, et repartent le jour même. Aujourd'hui le film est projeté à la demande dans les cinémas. Et Ariane Doublet rencontre volontiers son public : ' Souvent les agriculteurs, après le film, me parlent de la représentativité de la famille Olivier, Lethuiller, de Pierre Désert ou de Louis Lefèbvre. Mais je n'ai pas fait un film sur l'agriculture ou sur un métier. J'ai filmé des gens qui me touchent. J'habite Paris, mais cela fait plus de vingt-cinq ans que je passe mes vacances dans ces fermes. Je me sens originaire de là -bas. Mon souci c'était la représentation de ces amis ou voisins. Comment allaient-ils recevoir ce portrait ? Dès la première vision du film, une famille m'a dit ' c'est nous '. Pour Ariane, cela vaut tous les compliments. Si tous les publics rient lors des projections, les rires sont complices et non moqueurs : ' Parfois, les agriculteurs qui viennent voir le film hésitent à se reconnaître dans ce récit. Le monde paysan dit parfois que l'agriculture que je montre a disparu. Pourtant elle existe encore. Mais malgré ce malaise, le film les touche par l'humanité de ces personnes à la fois fières de leur différence, parfois complexées, parfois tristes de ne pas transmettre leur ferme mais qui veulent aussi voir le bon côté de leur vie. ' Un film à voir, un bonheur qu'il ne faut pas se refuser. Le film sera diffusé dans la semaine du 24 janvier à Epinal (Palace), Le Havre (Eden), Nice (Rialto), St-Etienne (Méliès), Avignon (Utopia), Albertville (Le Dôme) et Marseille (Alhambra).
Marie-Gabrielle Miossec
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