Publié le vendredi 08 novembre 2002
La remise en culture d'une prairie s'accompagne d'une minéralisation intense. La destruction en fin d'hiver, suivie d'un maïs ou d'une betterave, limite les pertes de nitrates.
Huit fois sur dix, 250 à 300 kg d'azote sont minéralisés après le retournement d'une prairie. ' Pour Françoise Vertès, de l'Inra de Quimper, cette pratique doit faire l'objet d'une attention particulière. ' Pour éviter les pertes de nitrates, mieux vaut détruire la prairie le plus tôt possible à la fin de l'hiver (février-mars), puis semer une culture de printemps gourmande en azote. La minéralisation coïncide alors avec les besoins de cette dernière ', explique le chercheur. Parfois pratiquée pour implanter une céréale d'hiver, la destruction à l'automne est souvent déconseillée, car le risque de lessivage hivernal est alors important.En Bretagne, près de 15 % des surfaces en prairies sont remises en culture chaque année, généralement dans le cadre d'une rotation prairie/maïs/céréale d'hiver (blé ou triticale). ' La betterave fourragère est l'espèce la plus indiquée après une prairie, mais elle n'est presque plus cultivée, malgré sa valeur alimentaire ', regrette Françoise Vertès. Au vu des quantités d'azote en jeu, la réglementation limite souvent les apports d'engrais après le retournement. ' Un maïs sans fertilisation azotée après une prairie peut produire trois tonnes de matière sèche de plus qu'un maïs conduit normalement dans une rotation maïs/blé. Et les reliquats postrécolte grimpent parfois jusqu'à 150, voire 200 kg d'azote par hectare ', explique Jean Grall, de la chambre d'agriculture d'Ille-et-Vilaine. Il est donc important de ne pas laisser le sol nu au cours du premier hiver après le retournement. L'implantation sous le maïs (en juin) d'un seigle ou d'un ray-grass est la méthode la plus performante pour soustraire l'azote au lessivage.Tenter de quantifier précisément à l'avance l'azote qui sera libéré par la prairie est un exercice périlleux. ' L'azote minéralisé après une prairie provient de la matière organique qui s'accumule sous le couvert. La minéralisation tend donc à augmenter avec l'âge de la prairie, mais il existe une grande variabilité ', précise Françoise Vertès. Le mode de destruction (chimique ou mécanique) pourrait également avoir une influence. Les prairies ayant reçu de l'azote organique (via les déjections des animaux au pâturage ou l'épandage d'engrais de ferme) seraient suivies d'une minéralisation plus importante après le retournement, mais le phénomène reste très difficile à quantifier. ' Il est certain que ces restitutions sont très problématiques dans le cas des prairies ' parkings ', avertit Jean Grall. ' Sur ces parcelles qui seront retournées au printemps, les éleveurs s'autorisent des chargements hivernaux importants car ils ne craignent pas de détériorer la structure du sol. Difficile alors de maîtriser l'azote libéré après la destruction. '
GABRIEL OMNÈS
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