Publié le vendredi 05 janvier 2001
En janvier 2000, sans se douter de ce que la fin de l'année allait réserver aux éleveurs, Michel Jarasse a lancé un atelier de découpe pour vendre en direct une partie de ses bovins limousins. Un choix payant.
S'il est des intuitions qui paient, celle dont ont fait preuve Michel Jarasse et sa compagne Renée Lecourt en est une ! ' La vente directe nous a permis de sauver la trésorerie de l'exploitation pour l'an 2000 ', affirme sans ambages le jeune couple. ' En fait, nous avions commencé à réfléchir à ce projet après la première crise de la vache folle en 1996. Avec d'autant plus de conviction que nous pensons que la finalité la plus intéressante pour tout producteur est d'aller le plus loin possible dans l'acte de commercialisation. Nous sommes opérationnels dans notre démarche depuis janvier dernier. 'Installé depuis quinze ans à Lavialle sur la petite commune d'Aix en Haute-Corrèze, Michel Jarasse élève un troupeau de 80 vaches limousines sur 100 ha. Visiblement peu habitué à rester les deux pieds dans le même sabot, le couple exerce séparément puisque Renée Lecourt est, elle, installée à une dizaine de kilomètres de là , en Gaec avec son frère sur une exploitation laitière. Elle s'implique malgré tout largement sur l'exploitation abritant le cheptel limousin. ' Toute la production est engraissée depuis une dizaine d'années, explique Michel Jarasse, les mâles en babys de 16 à 18 mois et les femelles en génisses de 18 mois ou de trois ans (après un premier vêlage) selon leur conformation. Les vaches de réforme sont également finies. Toute la production s'écoulait jusqu'à l'an passé en filière Label rouge par l'intermédiaire de la Sopelco, un groupement de producteurs corrézien ', poursuit-il. Les trois quarts du cheptel sont inscrits et la génétique est bien travaillée. Un taureau a d'ailleurs été acheté à la station de Lanaud lors de la vente aux enchères du 14 décembre dernier. Le gabarit et la viande sont privilégiés dans le choix des mâles, le gabarit et la valeur laitière dans celui des femelles. Les vaches vêlent à l'extérieur durant l'automne, essentiellement en octobre. Pour 180 000 F d'investissements, une ancienne porcherie est devenue un atelier de découpe équipé de chambres froides. Une première salle sert au stockage des carcasses, une seconde à le découpe et enfin la troisième au stockage des morceaux prêts à la vente. Les plans ont été établis par la direction des services vétérinaires de la Corrèze. ' Les clients sont généralement surpris par la propreté du bâtiment et l'envergure des équipements frigorifiques ', souligne Renée Lecourt. Le rythme d'abattage a été en moyenne d'un animal par quinzaine avec une interruption durant les mois d'été (correspondant à une diminution de la consommation et aux gros travaux fourragers sur l'exploitation). ' Nous comptons deux jours de travail par animal : une demi-journée équivaut au temps de transport (deux allers-retours à l'abattoir d'Ussel pour amener l'animal et remonter la carcasse), une journée est consacrée à la découpe et à l'emballage et enfin une demi-journée à la vente. Un ancien boucher assure le travail de découpe, sa prestation engendre un salaire. ' Notre initiative a été très mal perçue par l'abattoir, géré par les bouchers alentour. Nous sommes tolérés (moyennant une taxe d'abattage majorée) mais non acceptés ', regrettent les éleveurs. La vente qui se réalise essentiellement sur commande ne prend pas plus de 24 heures : les panneaux indiquant l'exploitation sont posés le vendredi et retirés le samedi à midi. La viande est proposée au prix de 55 F/kg, par carton de 5 kg minimum, comprenant un ensemble de morceaux variés avec un rosbif, six steaks, trois entrecôtes, une côte, un paquet de bourguignon et un pot-au-feu. ' Nous sommes rassurés sur le bien-fondé de notre initiative car nous doublons nos prix de vente des babys par rapport à une vente classique. Par ailleurs, nous avons commercialisé en direct 18 animaux l'an passé alors que nos prévisions portaient sur dix ! ', souligne Michel Jarasse. ' En pleine crise de l'ESB, nous avons vendu 349 kg de viande dans la soirée du 13 novembre dernier ', se souvient Renée Lecourt. ' Une publicité passée dans le quotidien La Montagne a apparemment stimulé cette demande émanant de consommateurs en quête de repères. Ils nous ont tous dit vouloir continuer à manger de la viande bovine mais en sachant d'où elle venait. L'exploitation et la vue d'animaux vivants dans les prés les rassurent pleinement. Bizarrement nous avons eu très peu de questions sur l'alimentation ! ' Durant trois semaines consécutives, les éleveurs ont vendu un animal par semaine sans rencontrer de difficultés. Les clients, dont certains sont d'ores et déjà fidélisés, viennent des alentours immédiats mais aussi de Basse-Corrèze, du Cantal et du Puy-de-Dôme. ' Certains prennent la peine de retéléphoner pour dire leur satisfaction ! C'est une belle récompense pour un producteur ', renchérit Michel Jarasse.
Monique Roque
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